Le saviez vous ?

Le premier buveur de vin de France

Entre Sommières et Nîmes à Calvisson il y a 27 siècles  !

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Une belle découverte que cet article dans Winetourisminfrance.com

en date du 25 octobre 2015 écrit par André Deyrieux.

C’est ici qu’au VIIème siècle avant notre ère, on but, pour la première fois, du vin sur le territoire « français ».Nous sommes à Calvisson, entre Sommières et Nîmes, mais à l’époque, il y a 27 siècles, il n’y a pas de villes. Il n’y a pas de ponts sur les cours d’eau, le Vidourle, le Rhony ou le Vistre.
Le peuple des garrigues est installé dans des cabanes en bois et en torchis sur les collines autour de la plaine de la Vaunage, et notamment sur l’oppidum de La Liquière.

Le goût du vin

A la fin du VIIème siècle avant notre ère (vers 625), des Etrusques venus de Vulci (près de Viterbe en Italie), et qui commerçaient du vin, abordèrent près du Cailar, alors tout près de la mer, et – ayant probablement vu des fumées d’habitation – remontèrent jusque vers la Vaunage.

Ils n’apportaient rien de moins que le goût du vin aux habitants, quelques années avant la fondation du port de Marseille par les Phocéens (600 avant notre ère).

 

Vin et civilisation, étroitement liés

Il s’agit plus de troc que de commerce ; la monnaie d’échange ne se répandra qu’à partir du Vème siècle avant notre ère avec les Volques arécomiques installés autour de la Tour Magne à Nîmes.

C’est cette histoire que racontent les 4.000 tessons d’amphores vinaires découverts dans les années 70 sur l’oppidum de la Liquière par l’archéologue Michel Py.

Le mode de consommation, sans doute sacralisé, reste mystérieux : libations entre vivants, grands rituels funéraires… En tout cas, les Etrusques apportent, avec leur vin, la civilisation, des modes de convivialité raffinée, où les femmes étaient présentes, et, en grande quantité, les amphores et les services pour boire du vin, cruches (oenochoés), coupes à boire à pied et à anses (canthares)…

La demande locale pour le vin grandit à tel point qu’il fallut que se crée ensuite sur place une viticulture. On en trouve la trace – un pressoir qui remonte à environ 425 avant J.-C. – sur l’ancien port de Lattara près de Lattes à proximité de Montpellier.

Exemplaire Vinopanorama

L’anthropologue Jocelyne Bonnet est à l’origine de la réalisation de l’Oenopole Vinopanorama qui a ouvert ses portes l’année dernière à la cave de Calvisson, une belle cave coopérative construite en 1939 par l’architecte Jules Floutier.

Le Vinopanorama propose de découvrir 27 siècles de l’histoire du vin dans le Languedoc oriental en trois espaces différents.

Un mur extérieur, longeant la voie verte, est en accès libre tous les jours : il met en scène les gestes vignerons, selon l’iconographie archéologique.
Un clos vigneron offre un espace pédagogique et ludique avec un jardin de cépages.
L’espace muséographique, à l’intérieur de la cave, dans les anciens chais, offre différents tableaux fourmillant d’informations sur les liens entre le territoire et la culture vigneronne.

 

Il ne s’agit pas là d’un énième diaporama sur les poncifs habituels de l’histoire du vin, mais du résultat d’un travail considérable effectué autour de l’initiatrice par un conseil scientifique, des artistes (comme le peintre Henri-Dominique Lacas), des scénographes…Le Vinopanorama est plein d’enseignements sur l’histoire originelle, celle des Etrusques, celle du premier buveur, du premier service à boire. On apprendra aussi que chez les Etrusques le vin était parfois mêlé de fromage de chèvre, ce qui nécessitait de le servir en le filtrant avec une cruche à trois becs.

La continuité de la civilisation du vin

Mais c’est également la continuité viticole extraordinaire de la civilisation du vin dans le Languedoc qui est intelligemment révélée.

Aux canthares succèderont les verres à pied et les calices ; aux amphores, les terrailles (toute poterie servant de contenant). Les gestes vignerons, comme le foulage du raisin, se continuent à travers les siècles. Les outils, comme les serpes et serpettes, ne changeront guère de forme jusqu’au XXème siècle. Idem pour l’architecture des exploitations viticoles. Ou même pour le hautbois des musiques languedociennes, hérité des musiques méditerranéennes. Ou encore, avec les autels des ancêtres qui se continuent dans la crèche.

Les aquarelles d’un peintre anglais, le voyageur Henry Newman, observateur subtil de la vie rurale locale, montrent ces éléments de continuité au XIXème siècle.

Sans le savoir, nous poursuivons le passé. Il y a dans cette réalisation un acte militant.

« On est en train de faire comme s’il n’y avait pas de passé, or le vigneron n’existe pas sans le passé », avertit Jocelyne Bonnet, qui en 2012 organisait à Calvisson – dans le cadre du réseau universitaire Eurethno - un colloque « Patrimoine vigneron européen », dont les actes sont attendus.

La réalisation du Vinopanorama repose sur quelques principes forts : le bénévolat des participants ; le souci de la précision scientifique pour chaque phrase, pour le moindre visuel ; le besoin de faire sortir des documents habituellement enfermés ; le désir de transmission et de pédagogie ; le souci d’intéresser et de passionner.

Il met à la disposition des vignerons et des territoires touristiques un patrimoine d’une grande richesse, méconnu, voire même ignoré.

Assis sur des trésors ignorés

Chaque archéologue, chaque historien de l’antiquité ou médiévaliste, chaque ethnologue… nous dit que nous avons sous nos vignobles, dans nos villages viticoles et nos paysages des trésors, des richesses, des patrimoines. Ce ne sont pas des châteaux, des églises, des tours, des murailles… mais les héritages de la civilisation du vin qui est la nôtre, « l’oenoculturel » sur lequel nous marchons à chaque instant.

On pourrait continuer à ne pas y attacher d’importance, en cette période où seul compte l’économie, les chiffres d’affaires, l’argent… Sauf que ces héritages sont de réelles richesses sur le plan de l’économie touristique et oenotouristique.

Ils intéressent les amateurs de vin et de tourisme vigneron, assoiffés autant d’histoires que de dégustations. La clientèle chinoise, par exemple, que l’on souhaite attirer de plus en plus, est fascinée par l’histoire surtout quand elle touche au mythe et au mystérieux.

C’est bien évidemment un avantage concurrentiel - la Géorgie, le Portugal, la Hongrie l’ont déjà compris – d’avoir à sa disposition de telles ressources narratives, et de les mettre en scène et en récit. Encore faut-il que les acteurs de nos territoires les connaissent… 

Et la révélation de La Liquière est encore loin d’être connue…

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